Étiquette : médias

Facebook comme Fox News

Karine Prémont dans La Presse:

Aujourd’hui, cette façon de faire est largement répandue, que ce soit à CNN ou chez nous, à RDI et à LCN. Aux États-Unis, cela contribue à miner la confiance du public envers les médias, en particulier des républicains, qui écoutent Fox News plus que tout autre média (plus de 90 % des téléspectateurs de Fox News s’identifient comme des républicains) : si tout est une question d’opinion, alors elles se valent toutes, et les journalistes ne sont alors qu’une voix parmi d’autres. Deuxièmement, Fox News a des effets sur les priorités politiques en transformant des phénomènes anecdotiques en crises politiques qui, souvent, finissent par entraîner des débats stériles – la question des wokes et de la cancel culture en est un bon exemple – et qui ont surtout pour effet de diviser la population plutôt que de l’informer.

C’est aussi l’effet qu’a Facebook, mais à plus grande échelle. En tout cas, les deux s’arriment bien.

Les consommateurs de médias conservateurs seraient plus susceptibles d’utiliser l’ivermectine pour guérir la COVID

Pas trop étonnant.

“The finding that heavy consumers of conservative media are more likely to report a willingness to take ivermectin is consistent with our finding in the summer of 2020 that this audience was more likely to be willing to take hydroxychloroquine – which at the time was under study, and which the FDA later concluded was an ineffective treatment for hospitalized Covid patients, one whose risks outweigh its benefits,” said APPC Director Kathleen Hall Jamieson.

Heavy Users of Conservative Media More Willing to Take Ivermectin for Covid-19

Propagande ou ampligande?

Bon, le mot n’existe pas vraiment, mais selon ce spécialiste, on ne parle plus que des puissants qui tentent de berner le peuple, mais du peuple qui amplifie lui-même les fausses nouvelles.

In fact, we have a very old word for persuasive communication with an agenda: propaganda. That term, however, comes with historical baggage. It presumes that governments, authority figures, institutions, and mass media are forcing ideas on regular people from the top down. But more and more, the opposite is happening. Far from being merely a target, the public has become an active participant in creating and selectively amplifying narratives that shape realities. Perhaps the best word for this emergent bottom-up dynamic is one that doesn’t exist quite yet: ampliganda, the shaping of perception through amplification. It can originate from an online nobody or an onscreen celebrity. No single person or organization bears responsibility for its transmission. And it is having a profound effect on democracy and society.

Même plus besoin de robots russes pour amplifier un mouvement.

Comment écrire un billet politique

Je ne connais pas Frédéric Says, mais il et fort intéressant de lire comment il travaille pour produire chaque jour un billet politique pour la radio. Aussi, son analyse du milieu peut s’appliquer ici.

Nous sommes les témoins d’une hystérisation totale du débat depuis plusieurs années, qui devient encore plus flagrante avec la campagne présidentielle. Très souvent, on met ça sur le dos des réseaux sociaux ou des souhaits idéologiques de certaines chaînes. Je pense que c’est en partie vrai, mais il y a également une énorme dimension économique qu’on ignore souvent lorsque l’on analyse cette évolution. Lorsque vous mettez trois grandes gueules autour d’un plateau, qui ne sont pas expertes de tous les sujets abordés, car il est mathématiquement impossible d’être expert de fiscalité, de la guerre en Irak et de la Ligue 2, il y a de l’audience, c’est vrai. Et ça ne coûte pas grand-chose. Nous avons quatre chaînes d’info en continu qui se font concurrence et qui sont obligées, justement, avec très peu de moyens, de parler toujours plus fort, d’attirer toujours plus l’attention. C’est une banalité affreuse de le dire, mais c’est évidemment un contre modèle pour moi. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui fait que le public vient sur France Culture, une radio qui a gagné énormément d’auditeurs ces dernières années. C’est aussi une sorte de contre programmation par rapport à l’époque, très portée sur le péremptoire, l’agression gratuite et l’opinion, au détriment de la connaissance et de l’analyse.

Il ajoute que ses billets les plus nuancés et recherchés sont souvent ceux qui font le moins réagir sur les réseaux sociaux. CQFD.

Le modèle du successeur de Ricochet

Ça s’appelle Pivot.

En unissant leurs forces et leurs ressources financières, Ricochet et Majeur ont ainsi pu mettre rapidement sur pied une petite équipe de salariés constituée de deux journalistes — dont un spécialisé en enquête — et d’une rédactrice en chef. Ce noyau dur est déjà appelé à grandir alors que les recherches vont bon train pour embaucher une personne responsable des médias sociaux. Pivot peut aussi compter sur la collaboration de nombreux pigistes de Ricochet qui ont accepté de les suivre dans l’aventure. […] Car le quotidien indépendant compte beaucoup sur son modèle d’abonnements payants pour maintenir le navire à flot. « Tous les articles seront en accès libre, précise Alexis Ross. Mais on va offrir quelque chose de plus aux abonnés ».

Hâte de voir si c’est un modèle viable.

Alex Jones légalement responsable

Il disait que la tuerie de Sandy Hook était un « hoax ».

Alex Jones, the conspiracy theorist who hosts the right-wing commentary website Infowars, was found legally responsible in two lawsuits for damages caused by his claims surrounding the 2012 Sandy Hook school mass shooting, according to court documents released Thursday.

L’animateur a déjà plaidé en cour qu’il ne fallait pas prendre ce qu’il dit pour du cash.

Rebels News: fâcher pour faire de l’argent

Le rôle des médias dans la polarisation

Ceux qui font beaucoup d’argent à manipuler l’opinion publique ont un impact réel sur la vie des gens.

Avec l’élection de Donald Trump, certains médias ont lâché la bride du complotisme. Les chercheurs montrent qu’un talk-show en particulier a fait basculer la polarisation du côté obscur de la force : le 5 septembre 2017, Rush Limbaugh l’animateur radio le plus populaire aux Etats Unis remet en question la sévérité de l’ouragan Irma pourtant annoncé très dangereux et suggère que les médias exagèrent le risque et paniquent les gens pour les convaincre du changement climatique. Les chercheurs ont collecté les données Google Maps de 2,7 millions de résidents de la Floride et du Texas. Ces données sont mises à jour toutes les dix minutes et sont précises à 25 mètres près. Ils ont été capables de reconstituer les mouvements des résidents équipés d’un smartphone à partir du moment où une alerte ouragan était déclenchée et ce pour les trois ouragans les plus forts de 2016 et 2017. Ensuite, ils ont attribué une couleur politique à ces résidents en fonction de leur adresse. En effet, aux Etats-Unis comme en France, les localités ont clairement une couleur politique. En Ile-de-France, vous avez une grande probabilité de voter à droite si vous habitez à Neuilly et à gauche si vous habitez aux Lilas. Leurs estimations tiennent compte des caractéristiques géographiques et démographiques des différentes localités pour s’assurer que cela ne biaise pas leurs résultats. Par exemple, on s’attend à ce que les résidents les plus proches de l’oeil du cyclone évacuent plus. Une fois toutes ces caractéristiques prises en compte, les auteurs estiment que 35 % des électeurs de Trump ont évacué contre 45% chez les électeurs de Clinton. Or lors des deux précédents ouragans, les républicains et les démocrates avaient évacué dans les mêmes proportions. En mettant en doute la gravité de l’ouragan Irma, certains médias ont sapé une partie des systèmes d’alerte.

Entre invective et détestation, un débat de plus en plus polarisé.

Simple ou simpliste?

Comment la recherche d’explications simples à des problèmes complexes peut nuire à notre compréhension du monde.

Resisting such simple explanations for a complicated problem demands much more from us. It would force us to stop, zoom out of a situation, consider the level of complexity, and acknowledge the limits of our understanding — that’s scary. Accepting something as complicated is an act of humility in the recognition of the unknown.

Now, you don’t need to fully understand a complicated system to change it. You start with appreciating that its individual components’ produce an effect more remarkable than the sum of its parts. That requires that humility I was on about earlier. Its a mentality shift in recognising the limits of our own knowledge. Or when you consider the perspectives of those with whom you disagree. It demands we do the work to have an opinion, including admitting what we don’t know. Take 5 minutes a day to do this for a single news story, and I guarantee the results will surprise you.

Plus facile de croire qu’un problème est le fruit d’un complot, par exemple.

À qui le complot paie?

Selon les réalisateurs Français d’un documentaire sur le sujet de la désinformation, les producteurs de fausses nouvelles font beaucoup d’argent.

Le secteur de la publicité est l’élément clé pour comprendre la source numéro un de financement des désinformateurs. Selon les estimations faites par l’ONG américaine Global Disinformation Index, les sites de désinformation reçoivent chaque année au moins 235 millions de dollars de recettes publicitaires. La publicité est aujourd’hui le moteur de la désinformation. En naviguant sur Internet, on peut voir des petits encarts publicitaires s’afficher sur des sites de désinformation, sans savoir forcément que ces encarts vont financer directement les créateurs des sites consultés. À chaque fois que l’on se rend sur un site de désinformation, le simple fait de voir une publicité rapporte en effet de l’argent à ce site. Très peu de gens en ont conscience finalement. C’est aussi cela que nous voulons expliquer dans notre documentaire. 

Avec les dons et les revenus publicitaires, les Alexis Cossette-Trudel de ce monde peuvent payer leur loyer.