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Montréal Avant / Après

Drôle de coïncidence. Vendredi dernier, Alex me présente le site Spacing Montréal où l’on retrouve de superbes photographies de Montréal au début du siècle et maintenant, du même point de vue. Ce genre de truc m’intéresse, et j’avais beaucoup apprécié l’exposition du Musée McCord utilisant le même concept, avec les photos de William Notman.

Montréal avant après

J’ai investigué un peu afin de trouver qui est le Guillaume St-Jean derrière ces photographies pour me rendre compte qu’il travaille… à dix mètres de moi.

Disons qu’il y a pas mal d’archives à l’Institut du patrimoine qui lui sont sans doute utiles.

On trouve encore plus de ses photos sur Flickr.

La lutte pour le patrimoine sur Internet

Un des facteurs important dont il faut tenir compte dans l’analyse de la participation citoyenne en ligne est l’affiliation des participants à des groupes de pression. Je suis tombé sur un article de Bérénice Waty qui parle un peu de leur présence sur le Web, dans le cas particulier du patrimoine. En voici un résumé et quelques réflexions.

Les luttes urbaines pour la protection du patrimoine bâti font jaser depuis longtemps. Les années 1960-1970 furent marquées, à Montréal entre autres, par de grands projets de « modernisation » mus par le désir de faire table rase du passé afin d’entrer de plain-pied dans l’ère du béton et d’un fonctionnalisme désincarné. Plusieurs groupes communautaires ont vu le jour afin de défendre leur environnement et le patrimoine montréalais. Si l’on reconnaît que le patrimoine est le fait de ceux qui le vivent bien plus que celui des experts, il n’est pas étonnant que le citoyen s’organise pour sauvegarder son milieu de vie. À l’ère de l’information, comment ces organisations utilisent-elles Internet pour mener à bien leur défense du patrimoine ?

C’est la question que s’est posée Bérénice Waty, doctorante en anthropologie, dans son article tiré de « Patrimoine et patrimonialisation : du Québec et d’ailleurs« . L’auteure s’est penchée sur quelques cas français pour réaliser son analyse. Comme elle l’explique d’entrée de jeu, aux acteurs traditionnels de la protection du patrimoine (experts, élus, population) se sont greffés des participants qui jouent un rôle de plus en plus important : les journalistes et les associations. Ces dernières, qui nous intéressent particulièrement, utilisent maintenant internet comme outil de connaissance et de propagande, selon les dires de Me. Waty.

Selon elle, les associations se servent du Web à diverses sauces. Il s’agit d’abord d’un moyen d’asseoir l’association, de se présenter aux autres. De là, certaines associations utilisent le Web comme plateforme de discussion afin d’échanger leurs idées et de planifier la contestation. Surtout, les associations y développent la coopération en tissant des liens avec d’autres groupes du même acabit en vue d’échanger de l’information ou de joindre leurs forces.

Cette présence en ligne permet à la fois aux associations d’atténuer l’effet NIMBY (pas dans ma cour) puisque la lutte n’est plus purement locale, mais internationale, et de s’affirmer comme porteuses de compétences et d’une maîtrise des dossiers dans tous ses aspects. Elles s’imposent sur le Web comme références en la matière. Il reste que pour Bérénice Waty, ces « sites Web ne remplacent en rien les actions de terrain entreprises, d’autant plus que les pages des sites s’en nourrissent ».

De plus, la glocalization, cette opposition entre actions locales et enjeux globaux, si elle permet d’aller au-delà du NIMBY, entraîne aussi « la perte de l’argument identitaire en tant que source de mobilisation ». Sur internet, les associations doivent faire correspondre leur message aux visiteurs délocalisés.

Considérant la popularité grandissante des réseaux sociaux comme Facebook, des blogues, des agrégateurs sociaux, du micro-bloguage, ou du microcrédit, on peut se demander si une analyse qui irait au-delà des sites Web de ces organisations ne serait pas plus pertinente. Les groupes communautaires ont en effet bien souvent peu de moyens pour mettre en place des sites efficaces qui permettent une collaboration dans la planification de l’action militante, mais surtout, qui bénéficient d’une visibilité suffisante pour faire effet. Ces acteurs peuvent toutefois miser sur le potentiel « viral » des réseaux sociaux pour propager l’information rapidement et à un plus grand nombre. Potentiellement, il devient possible d’alerter l’opinion publique grâce aux médias alternatifs ou traditionnels selon l’ampleur de la mobilisation.

Il existe de nombreux moyens d’utiliser ces réseaux pour engendrer des changements sociaux, et il fait peu de doute que les organisations de défense du patrimoine en viendront à les utiliser, si ce n’est pas déjà fait. Ce n’est pas autant dans leurs propres sites web que les militants exercent une influence, mais dans la multitude des sites qu’ils investissent.

Site temporaire du FCRPP

J’ai fait une version temporaire du futur site du Forum canadien de recherche publique sur le patrimoine. Je me suis dit que plutôt que de me lancer à fond dans la réalisation d’un site accessible, optimisé, interactif à fond, qui utilise un « framework » CSS, qui est valide, et tout le tralala, j’étais mieux d’implanter une petite structure afin de commencer à y placer du contenu. Je me suis contenté de modifier un thème de Drupal 6 et d’installer quelques modules.

Pour l’instant, j’y placerai donc des informations sur les activités du FCRPP (CFPRH en anglais) en plus de faire une revue de presse de l’actualité autour du patrimoine urbain. Je bloguerai sans doute sur la conférence de la SÉAC à Yellowknife (z’ont le wifi à Yellowknife ?).

La prochaine étape sera plus organisationnelle que technique et constituera sans doute à voir comment implanter une cellule de veille qui tient la route en m’inspirant entre autres de Projet J, de Planetizen, et du Réseau de veille en tourisme sur lequel Philippe et Michelle ont bossé.

De la belle et grosse job en perspective.

Comment gérer un site bilingue ?

J’aurais besoin d’un petit conseil pour le Forum canadien de recherche publique sur le patrimoine (va falloir que je lui trouve un surnom, parce que ça fait long à dire). Comme c’est un site canadien et que le Canada est bilingue d’un océan à l’autre (y parait), le site doit aussi être bilingue.

Nous avons deux noms de domaines qui devraient être pas pires pour le référencement : patrimoine-canada.ca et canada-heritage.ca.

Qu’est-ce qui est le mieux ? Tout faire en double avec deux sites distincts, l’un en français et l’autre en anglais ? N’utiliser qu’un nom de domaine et gérer un seul site bilingue en redirigeant une des deux adresses vers l’autre ?

J’ai l’impression que je devrai sacrifier un peu de SEO (le nom de domaine) pour m’éviter d’avoir à gérer deux sites avec des utilisateurs et contenus dédoublés.

P.S.: le tout sera sous Drupal.

Pourquoi je quitte iWeb et où je m’en vais

Maintenant que tout le monde chez iWeb est au courant, je peux en parler ici : je quitte mon poste de responsable des communications.

Ça n’a rien à voir avec iWeb. Il s’agit d’une excellente entreprise toute pleine de gens superextra. J’y ai vécu de beaux moments et continuerai de suivre avec attention son développement.

Avant de continuer, si quelqu’un se cherche un emploi, mon poste est ouvert. En gros, ça consiste en rédiger des communiqués, des infolettres aux clients, le contenu du site, et à participer à la réflexion sur le marketing en ligne. Une grosse partie du travail consiste à rédiger pour le blogue de iWeb. Être payé pour bloguer, pas trop mal comme idée ! Faites-moi signe si ça vous intéresse.

Donc, pourquoi est-ce que je quitte alors ? Parce qu’on m’a offert l’emploi presque rêvé. Je coordonnerai les activités en ligne (je me cherche encore un titre glamour) du Forum Canadien de Recherche Publique sur le Patrimoine. Deux de mes anciens profs viennent d’obtenir une subvention de deux millions (pas de blague sur Tourisme Montréal SVP) sur sept ans pour financer ce projet qui se veut entre autres (c’est le bout qui me concerne) une plateforme de participation en ligne qui regroupera les chercheurs du Canada en patrimoine, les experts de la question, et les citoyens.

Ce sera donc un endroit où les chercheurs pourront discuter des enjeux du patrimoine (une communauté de pratique donc), mais aussi un outil de participation citoyenne qui permettra de faire un lien entre la recherche et la pratique, qui contribuera, dans le meilleur des mondes à impliquer la population dans le processus de patrimonialisation (le processus par lequel on détermine ce qui est ou n’est pas considéré comme patrimonial). Ce sera aussi un observatoire de ce qui se passe en patrimoine, et éventuellement, une encyclopédie du patrimoine.

Il faut dire qu’en 2006, je prévoyais faire mon mémoire de maîtrise (en études urbaines) sur le FCRPP. À l’époque, malheureusement, la demande de subvention avait été refusée et j’avais fait dévier un peu mon sujet pour plutôt analyser les discussions sur un blogue qui traite d’aménagements urbains (Québec Urbain, en l’occurrence). J’avais tenté de déterminer quels étaient les caractéristiques des participants, les mécanismes techniques, et les éléments du discours qui influencent le débat, et qui en définitive, sont le mieux à même d’avoir un impact sur la sphère publique (mettons). D’ailleurs, il ne me reste qu’à l’imprimer (quelqu’un connaît une imprimante qui fait du recto-verso ?) et le déposer, ce mémoire.

Donc, mon nouvel emploi fitte parfaitement avec ce qui m’a suffisamment passionné pour en faire l’objet de ma recherche. J’aurai l’occasion de reparler de ces sujets parce que je compte bien créer un blogue consacré à la chose qui traitera de participation citoyenne en ligne, de cybergouvernance, de développement web, et qui documentera la conception du FCRPP.

J’ai un petit côté entrepreneur, mais un autre qui haït l’administration et les finances. Il s’agit là d’une excellente occasion d’avoir l’un sans l’autre. Je m’occuperai de tout ce qui touche au Web dans ce projet : planification du site, design, programmation, SEO, promotion, gestion, rénovation, etc.

Évidemment, ces considérations techniques sont de la petite bière. Le vrai défi sera de bâtir une communauté. C’est l’objectif principal de la patente. Je crois avoir un peu d’expérience de la chose, avec CentPapiers et le Sportnographe qui sont assez vivants. Reste que comme le dit ma prof, les gens qui s’intéressent au patrimoine sont souvent eux-mêmes patrimoniaux (je ne sais pas si j’ai le droit de répéter ça). Ce ne sera pas facile, donc.

Un autre facteur majeur pour ce changement de boulot relève de la qualité de vie. J’aurai un bureau à l’UQAM, mais je pourrai bosser de chez moi, d’un café, ou de la Gaspésie. Tôt le matin, de 8:00 à 17:00, ou en pleine nuit. Plein de temps pour la petite famille donc ! Du temps aussi pour les autres projets…

Cerise sur le sundae, ça me fera peut-être faire quelques voyages. Ça commence déjà à la fin juin alors que j’irai à Yellowknife (c’est pas la porte à côté !) pour le congrès de la Société pour l’étude de l’Architecture au Canada. Avouez que c’est exotique comme destination. Je me demande s’ils ont le wifi…

Voilà, presque tout est dit ! Mais j’en reparlerai sans doute !

Les églises du Québec, un patrimoine à réinventer

Il ne se passe pas un mois sans que la conversion d’un lieu de culte ne fasse l’objet de controverse. On a qu’à penser à la conversion de l’église Saint-Jean-de-la-Croix en condominiums ou celle avortée du monastère du Mont-Carmel. La proportion de la population fréquentant l’église a dramatiquement diminuée au cours des trente dernières années, ce qui laisse en plan les nombreuses, et souvent gigantesques, églises du Québec. Mark Twain n’avait-il pas d’ailleurs qualifié Montréal de « ville aux cent clochers » ? Cette situation force à poser la question du patrimoine religieux, de ce qui doit ou ne doit pas être préservé.

Dans « Les églises du Québec, un patrimoine à réinventer«  ( NOPPEN, L. et MORISSET, L. (2005), Les églises du Québec, un patrimoine (…)), Lucie K. Morisset(historienne de l’art et professeure titulaire à l’UQAM) et Luc Noppen (Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain et directeur de l’Institut du Patrimoine) dressent un portrait du contexte de la patrimonialisation des lieux de culte de la province. Le livre, qui regorge de photographies d’églises, cite de nombreux exemples et s’étend (trop ?) en notes de bas de page, constituera sans doute une référence pour ce qui est de la question du patrimoine religieux.

La problématique se décline en trois idées qui président actuellement à la sauvegarde des lieux de culte :

« 1) à la suite de la désaffectation par la clientèle et les desservants, la fermeture des églises mettrait en péril le patrimoine religieux d’autant que 2) le caractère privé des propriétés en question prévient une appropriation collective que 3) l’insuffisance des fonds disponibles, de toute façon, contingente sérieusement. »

Selon les auteurs, les églises appartiennent aux paroissiens et à leurs héritiers, qui ont payé leur construction grâce à la dîme. La vente de feu à laquelle s’adonne l’Église se fait donc sur le dos des bailleurs de fonds – les paroissiens – qui lors de la vente perdent leur investissement et le peu de pouvoir de décision qu’il leur restait. De plus, l’Église a bénéficié d’un énorme levier en forme d’exemptions fiscales pour faciliter l’érection des lieux de culte. Depuis, en raison du départ des pratiquants, l’Église est devenue un énorme gouffre financier où l’État engloutit des sommes importantes afin d’en assurer la subsistance. Ces subventions servent bien souvent à la pastorale plutôt qu’à la réfection des bâtiments, ce que Morisset et Noppen qualifient de blanchiment d’argent : « on reconvertit de l’argent patrimonial en argent pastoral ». Il y a « enreligiosement » des fonds publics.

Les deux professeurs de l’UQAM s’attaquent aussi à la Fondation du patrimoine religieux, crée dans les années 1990 par le gouvernement du Québec. La forte proportion de représentants de l’église y siégeant, la façon de mesurer le patrimoine comme une opération comptable, le financement douteux et les conflits d’intérêts mis au jour au sein de la Fondation permettent aux auteurs de conclure en l’échec de l’initiative, en mentionnant toutefois que la création de l’inventaire des lieux de culte reste un outil fort utile.

Il faut préciser, comme le font Morisset et Noppen, que le patrimoine est une représentation :

« Savoir quoi choisir requiert, en ce sens, d’identifier qui formule le patrimoine, puisqu’une représentation est toujours sous-tendue par une autre : le patrimoine rend l’image de ce que nous sommes, parfois de ce que nous voulons devenir […] La patrimonialisation donne une signification, depuis ce que nous sommes, à ce qui, dans le passé, à été autre chose. Or, ce que nous sommes, ce que sont les Québécois « fiers de leur patrimoine » n’est certainement plus catholique, et de moins en moins croyant ».

En ce sens, ils définissent différents types de patrimoine, tributaire de ceux qui l’ont décrété : patrimoine d’État, de proximité, d’experts, de groupes de pression ou d’urbanistes. Il conviendrait donc que le patrimoine soit déterminé dans une plus large mesure par les citoyens afin qu’il reste le reflet de ces derniers, qui l’on construit et qui le vivent.

Dans l’évaluation du patrimoine, il convient de voir à la valeur d’âge, d’art, de position, de matérialité et d’usage. Or comme le démontrent les auteurs, les églises ne survivront pas grâce au tourisme et l’on ne peut les considérer (dans la plupart des cas) uniquement comme des monuments. Pour cette raison, il convient d’admettre la primauté de la valeur d’usage et se résoudre à réévaluer leur utilisation, idéalement communautaire. Il a été prouvé que la transformation en condos n’est pas une solution viable, et on ne veut pas voir des aberrations, comme aux États-Unis, où certaines églises ont été converties en McDonald’s ou Subways. Bibliothèques, gymnases ou centres communautaires seraient des avenues beaucoup plus intéressantes. Dans tous les cas, il faut, selon Morisset et Noppen, voir l’avenir des églises dans la multifonctionnalité. C’est que « dans la mesure où la pratique religieuse requiert maintenant rarement plus que l’espace du choeur, l’aménagement de l’église peut aussi faire appel, non pas à une solution, mais à plusieurs ».

En définitive, seuls 40% des églises pourront être conservées intactes. Les auteurs proposent donc de se servir des produits de la disposition des autres 60% pour financer la survie des premières, et ce, grâce à la création d’une fiducie qui gérera le tout dans l’intérêt de la collectivité. Or pour en arriver là, il faudra un courage politique qui fait souvent défaut à nos gouvernants…